rachilde

Rachilde
Marie-Marguerite Vallette, née Eymery
(1860-1953)

Biographie complète

 

 

 

 

 

Portrait de M. Guiget paru dans La Revue Encyclopédique du 15 novembre 1893

 

 

 

 

A propos de La tour d'amour

 

 

 

Une partie de l'œuvre de Rachilde se nourrit du souvenir de la terre de son enfance passée en Périgord, au Cros " trou " sombre et marécageux, situé entre Château-l'Evêque et Périgueux. L'évocation, dans ses romans, de son enfance et de la terre où elle vécut jusqu'à sa majorité est sans cesse traversée par des images et des métaphores de l'eau. L'eau est, en effet, au commencement de la vie de la petite Marguerite. Rachilde rappelle dans la célèbre préface à son roman A mort paru en 1186, qu'elle est née en face de la " mare aux grenouilles ", dans une propriété qui regorgeait d'eau au point que les fruits s'y gâtaient. Arrivée à l'âge de la puberté, Marguerite verra se dresser hors de la mer " une sorte […] d'immense cadavre blême, les bras tendus en avant, la tête ballottant sur les épaules ". L'eau tout autour " semblait se soulever d'horreur en grosses vagues muettes ". En proie à des hallucinations, la jeune fille est tentée de se noyer.

 

Ce mélange de boue, d'eau sombre, de noyé et de lectures salvatrices n'est pas étranger à la composition du roman la Tour d'amour.

 

La mer n'y est plus un simple décor de tragédie qui court, semblable à une frise, le long de la lande … ; elle est le personnage principal dans une histoire qui met en scène deux gardiens de phare. Planté sur un roc isolé qui s'avance dans l'océan, le phare appelé Ar-Men, le " roc " en breton, affronte l'océan déchaîné. Rachilde n'a pas choisi n'importe quel phare ; en effet Ar-Men se dresse au bout de la chaussée de Sein, constituée d'un chapelet de récifs, fort dangereux pour les bateaux, qui s'étend çà huit milles, au large de l'île de Sein.

 

De nombreux croquis exécutés par Sabattier accompagnent le reportage [" A propos du naufrage du Drummond-Castle " - l'Illustration, 27 juin 1896], que Rachilde utilise et recopie parfois mot à mot lorsqu'il s'agit de détails techniques ou d'analyse à caractère géophysique propres à donner à son récit un fond de réalisme et un ton authentique.

 

… les gardiens de la Tour d'amour n'ont rien de commun avec ceux de n'importe quel phare de nos côtes ; Barnabas et son apprenti, Jean Maleux, sont symboliquement représentatifs de l'univers du romanesque et de ce qu'on appelle " la littérature fin de siècle " dans laquelle s'inscrit ce roman.

 

Le phare va, en effet, cristalliser tous les grands thèmes qui firent le succès de Rachilde et qu'elle va organiser avec art et sobriété. C'est ainsi que la mer symbolise le ventre maternel et, plus généralement, tous les périls que fait courir à la femme la sexualité.

 

La mer, symbole de toutes les femmes, ouvre au pied du phare ses énormes cuisses vertes et gainées ; elle soulève ses " jupes jusqu'aux entrailles ", " se lamente comme une épouse trahie ". Jean Maleux la compare à " un sein de femme enragée " puis à " un ventre " et à " une expulseuse d'hommes ". Elle est tour à tour vierge, prostituée, épouse trompée, mère infanticide.

 

Extraits de la préface d'Edith Silve (Mercure de France - 1994)